– Dis donc, je suis en train de désherber la bibliothèque et j’ai deux ou trois suggestions pour soulager les rayons qui s’affaissent parce que ça devient urgent. Des livres à toi, si tu vois ce que je veux dire. Des livres lourds. Des livres épais. L’équivalent de la Grosse Bertha pour des libraires.
– Tu es un vivant reproche, Sam. L’équivalent de la Grosse Bertha du reproche.
– Merci. Dans la liste, je commencerai bien par ce truc. Si tu veux bien me passer le briquet et le bidon de gasoil.
– Cramer Sur les divers états nerveux déterminés par l’hypnotisation chez les hystériques ? Mais jamais de la vie, enfin !
– … ça date de 1882, Jean-Christophe.
– Mais justement, c’est patrimonial !
– Et c’est de Jean-Martin Charcot.
– Non ? C’est le nom de l’auteur au-dessus du titre, qui t’a mis la puce à l’oreille ?
Sam est un fin enquêteur.
– Mais Charcot, enfin ! L’hypnose ! La Salpêtrière ! L’hystérie, enfin rien que ça !
– Oui eh ben quoi, Charcot ?
– Écoute je ne sais pas où tu étais ces cinquante dernières années, mais le bilan du bon maître est quelque peu revu à la baisse, parce que dans le genre médecine patriarcale et misogynie médicale, on fait difficilement mieux. Les expériences sans consentement, les traitements dégueulasses, les crises provoquées, la contention ! Le Bal des Folles, bon dieu !
– J’en connais un qui a vu le Bal des Folles.
Et vous devriez aussi.
– Pas plus tard qu’hier, oui. Je peux te dire que deux heures de corset, de maltraitance, de rouflaquettes, de viols et d’exhibition malsaine, ça donne envie de cramer des trucs en général et Charcot en particulier.
– Le film est magnifique et Mélanie Laurent a un talent de dingu… Un talent f… du génie, devant et derrière la caméra. Mais…
– Mais quoi ? Y a jamais eu de bal des folles à la Salpêtrière, c’est ça ?
– Oh si, mais…
– Et les patientes n’étaient pas internées de force, peut-être ?
– Ah si, aussi, mais…
– EH BEN ALORS.
– Je peux en placer une, oui ?
– Vas-y, mais je continue de bouillir.
– Je vois ça. Bon, deux choses sont vraies à la fois. Le bal des folles a bel et bien existé ET le roman de Victoria Mas est une fiction comme le film qu’en a tiré Mélanie Laurent. Une fiction parfaitement documentée et salement réaliste à bien des égards, mais une fiction.
– Et tu vas sauter là-dessus pour excuser Charcot ?
– Je ne l’excuse pas, je le complique. Comme d’habitude, ça n’est pas tant le personnage à lui tout seul qui est intéressant que l’univers dans lequel il évolue. Déjà, la base : le bal est parfaitement attesté, c’est une réalité historique que personne ne conteste. Chaque année, pour Mardi-Gras, la Salpêtrière ouvrait son grand salon pour un bal costumé dont les « stars » étaient les patientes, des patientes internées pour la plupart contre leur gré, généralement sur ordre de leur père, de leur mari, de leur frère ou de n’importe quel adulte mâle qui avait autorité sur elles en vertu du Code civil de 1804, cet héritage de Napoléon que tout le monde vante encore en permanence alors que ce machin regorge de dingueries ahurissantes.
– Pour le moment, je ne descends pas tellement en température.
Faut dire qu'on n'est pas aidés.
– Et ça devrait pas se calmer tout de suite, parce que ce qui est toujours vrai, c’est que l’événement était méchamment couru. Tout le Paris mondain venait guincher au milieu des « folles » et des « aliénées », à peu près au moment du carême. En 1887, l’envoyé spécial du Petit Parisien qui avait pu se glisser dans la foule des curieux a décrit l’événement, avec les internées déguisées en mousquetaires, en Carmen, en Arlequin ou en Pierrot la Lune. Les infirmières distribuaient des sirops et des petits gâteaux aux invités, eux aussi costumés et masqués. Mais ils repartaient eux. Les aliénées, non.
– Que des femmes, donc.
– Et pour cause, La Salpêtrière n’accueillait que des patientes jusqu’en 68. Bref, tout ça est exact et ce que montre la partie finale du film, avec ce bon docteur Charcot qui croule sous les flatteries et les compliments au milieu de ses confrères et des invités, est plutôt réaliste. La fiction se glisse dans les pas du personnage principal, Eugénie, la jeune femme qui parle aux morts et que sa famille fait interner parce qu’elle pratique le spiritisme. Le personnage est fictif.
– Et irréaliste ?
– Oui et non. L’intrigue se déroule en 1885, l’année de la mort d’Hugo. Ce n’est pas un hasard, c’est un symbole : ce brave Victor s’est lui-même intéressé de très près au spiritisme. Il l’a même pratiqué dans son exil à Guernesey en espérant ranimer l’âme de sa fille morte, Léopoldine.
"Et maintenant, lâche l'info putain : où t'as mis la clé de la cave ?"
Mais en 1885, disons que la mode spirite commence à passer et que l’enterrement d’Hugo est une jolie trouvaille pour l’illustrer. De là à penser qu’on interne des femmes parce qu’elles se disent médiums, il y a tout de même un pas parce qu’on pratique encore largement le spiritisme à la Belle Époque, surtout dans la haute société — celle où évolue Eugénie. La plupart du temps, les internées se retrouvent là pour des motifs nettement plus terre-à-terre.
– Et l’infirmière ?
– Geneviève ? Le personnage n’a pas existé sous ce nom, mais Victoria Mas s’est probablement inspirée d’une soignante bien réelle, Marguerite Bottard, une assistante de Charcot qui a passé toute sa vie à la Salpêtrière. Une fois dit tout ça, revenons sur le Bal des Folles.
– Je sens que je recommence à faire des bulles.
– La vision du film est quasi-gothique, révoltante. Un zoo humain. Tu te doutes que ce n’est pas tout à fait comme ça que le voient les médecins qui le mettent en place, Charcot en tête. Et de fait, c’est plus compliqué.
– C’est toujours plus compliqué, avec toi. Un jour, tu me diras que la terre n’est pas vraiment ronde.
– Ben de fait, elle est techniquement géoïde et… ça va, ça va, j’arrête. Ce que je veux dire, c’est que le regard de la société médicale du temps de Charcot ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une société donnée. Et c’est ça qui est intéressant : comment on vient à exhiber des « folles ».
– C’est quoi, leur défense, aux toubibs ?
– Oh ils ne se défendent de rien du tout, à l’époque, parce qu’il n’y a de leur point de vue rien à défendre. Au contraire : le bal fait partie de leur arsenal thérapeutique. Le bal ? C’est pour leur bien.
– Pardon ?
– Mets-toi dans la tête de Charcot.
– Sans façon.
Il a pourtant un visage avenant.
– Suis son raisonnement, je veux dire. Le service de Charcot à la Salpêtrière, c’est un établissement destiné à des patientes atteintes de démence, ou vues comme telles — et encore, c’est vraiment pas le pire des hôpitaux pour l’époque. Quand tu passes ta vie à passer du dortoir à la cour et de la cour au réfectoire ou aux ateliers, le bal, tu y tiens. Le film le montre d’ailleurs : la plupart des « pensionnaires » l’attendaient avec impatience. Une soirée de musique, de danse, de déguisements et de petits gâteaux, ce n’est pas rien dans un quotidien parfaitement morne, et dans une existence sous contrainte. Ça s’inscrit dans ce que l’époque appelle le « traitement moral » : une distraction, un peu de sociabilité, un semblant de vie ordinaire.
– Le “traitement moral”, hein ? C’est fabuleux. On t’interne de force, on t’hypnotise en public devant des gens qui te regardent comme une bête curieuse ou comme un rat de laboratoire, mais hey, une fois par an, tu peux te déguiser en pompier et t’as droit à un verre de sirop d’orgeat. La vie est belle.
– Ah non. Ce que je veux dire, que si le bal des folles ne fait pas bouger une oreille dans la bonne société, c’est que les patientes qu’on y croise y prennent un authentique plaisir, en partie au moins. Certaines auraient sans doute protesté avec la dernière énergie si on avait voulu les priver de cette soirée. Le bal était à la fois une échappatoire, et une exhibition qui nous parait complètement lunaire aujourd’hui, et à juste titre. A l’époque, personne ne voit la contradiction.
– Et Charcot dans tout ça ? Parce qu’il est gratiné, le bon maître, dans le film.
– Oui, et un peu trop sur le dessus, si tu veux mon avis. Le film en fait presque un charlatan, ce qui est tout de même un poil injuste dans la mesure où Charcot reste d’abord un des fondateurs de la neurologie moderne, bien plus que de la psychiatrie. Il a même officialisé la discipline : c’est lui qui crée et qui occupe la première chaire de neurologie au monde, en 1882. C’est aussi lui qui décrit la sclérose en plaques et la sclérose latérale amyotrophique — cette saloperie de maladie de Charcot.
– Oui ben n’empêche qu’il voit des hystériques partout.
– Alors… Pour l’époque, le progressiste, c’est lui. Il s’appose à l’idée qui domine dans les sphères médicales, à savoir que l’hystérie est une maladie mentale propre aux femmes, maladie provoquée par l’existence de l’utérus. Il défonce aussi complètement l’idée que d’autres femmes exagèrent.
– Laisse-moi deviner : des hommes estiment que c’est pour se rendre intéressantes ?
– Voilà. Charcot démontre que les malades ne sont pas des simulatrices. Il démontre l’objectivité des phénomènes hystériques et il adopte un point de vue radicalement différent : pour lui, l’hystérie est un trouble du cerveau. Un trouble neurologique qui n’a rien à voir avec l’anatomie féminine. Il diagnostique même des hystéries masculines — ce qui a le don de faire bien trépigner ses confrères. Pour le prouver, il entend montrer qu’on peut provoquer une convulsion ou une paralysie « hystérique », même sans lésion organique. Et il se fait fort de déclencher ces symptômes par l’hypnose.
– Pousse encore un peu et dans deux minutes, tu m’expliques que le type qui exhibait des femmes en crise devant le Tout-Paris était un chic type.
– Oula non. La gamme des traitements qu’on inflige aux patientes dans le film est exacte, et Charcot comme les autres déploie des méthodes d’une violence et d’une cruauté sans nom — ça, c’est pas l’époque ou le contexte qui l’excusent. Ce que je veux dire, c’est que le véritable problème de la Salpêtrière, ce n’est pas un unique médecin cruel et sadique. C’est un système, un dispositif tout entier. Les fameuses présentations publiques de Charcot, les leçons pendant lesquelles il déclenche des crises sous hypnose, ça n’attire pas qu’un public de voyeurs et de purs sadiques. Il y a des médecins, des étudiants, des journalistes, des écrivains… Charcot parle d’un « musée pathologique vivant », et c’est pour ça qu’il fait photographier ses patientes, systématiquement, pour l’Iconographie photographique de la Salpêtrière. Ce sont les fameux clichés de patientes au corps arqué, aux membres crispés et au visage saisi de crampes qui figent leur expression.
"Franchement je ne m'explique pas la nervosité de cette jeune femme"
– Et tu défends ça ?
– Pas une seconde ! Ce que je veux dire, c’est qu’en voulant documenter l’hystérie, le monde médical tout entier commence à la produire et à en faire un spectacle, théâtralisé. C’est la thèse du philosophe Georges Didi-Huberman dans Invention de l’hystérie : les photos, les leçons publiques, l’hypnose, ça ne documente pas une maladie — ça la met en scène. On suggère les crises sous hypnose, on fait poser les patientes, on codifie les « phases » de la grande attaque comme une chorégraphie. Même Charcot a fini par l’admettre du bout des lèvres : ses patientes pouvaient exagérer leurs symptômes. Et on finit par produire une exagération à grande échelle parce qu’on les regarde au lieu de les écouter.
– Les crises spectaculaires…
– … n’existaient pas ailleurs qu’à la Salpêtrière, en tout cas pas sous cette forme-là. La « grande hystérie », avec ses phrases finement réglées, c’est le produit d’un déroulé qui dépasse tout le monde, des médecins aux patientes. Les soignants attendaient un spectacle, et les patientes, qui étaient tout sauf des idiotes, se comportaient parfois comme on le leur demandait implicitement. Tiens, Augustine.
– Va falloir être un peu plus précis.
– Louise-Augustine Gleizes, une domestique que son maître a violée à 13 ans ; le personnage de Louise, dans Le Bal des Folles, s’en inspire en partie. Elle entre à la Salpêtrière en 1875, au moment où on commence à y photographier les patentes. Et ça devient la grande figure emblématique du service : vingt-deux portraits dans l’Iconographie.
– Pourquoi elle ?
– Parce qu’elle montre à Charcot et aux autres ce qu’on attend d’une « hystérique » : une parfaite illustration de la « grande hystérie », avec ses quatre phases bien réglées. Louise exécute à merveille les « attitudes passionnelles » soit érotiques, pour le dire moins hypocritement qu’au 19e siècle. C’est la phase qui suit les « contorsions » et précède le « délire » et Augustine est si spectaculaire à regarder que l’historienne Asti Hustvedt l’a carrément qualifiée de « pin-up médicale » et que le Tout-Paris se précipitait pour la voir.
Louise de Gleizes
– Du putain de voyeurisme sous couvert d’intérêt pour la science, si tu veux mon avis. Et elle aurait exagéré ses symptômes volontairement ?
– Alors ça, bien malin qui peut trancher, ceux qui affirment des trucs aujourd’hui n’y étaient pas, et quand bien même. Certains pensent que c’est cliniquement très peu probable, d’autres estiment que si, et que c’était la seule manière qu’elle avait d’obtenir une forme d’attention, une sorte de statut à part. Pour la petite histoire, Augustine a fini par s’échapper de La Salpêtrière en 1880, déguisée en homme — c’est de cette évasion que Victoria Mas s’est là encore inspirée. Ah et il y a Jane Avril aussi.
– Qui ça ?
– Tu ne vois pas ? « Jane la Folle », une des danseuses les plus fameuses du Moulin-Rouge de la grande époque, la première et longtemps la seule à danser vêtue de rouge. L’une des modèles du peintre Toulouse-Lautrec, qui avait comme un léger crush pour elle et qui n’était pas tout à fait le seul.
Doux Jésus quelle souplesse.
– Et elle est passée par la Salpêtrière ?
– Oui, et très jeune, pour des crises d’épilepsie et d’hystérie. Elle était plus probablement victime d’une sévère dépression, avec des tendances suicidaires qui ont failli avoir sa peau jusqu’au jour où elle a découvert la danse.
– Ne me dis pas…
– Que c’était au bal des folles ? Probablement pas, non, même si la presse de l’époque le dit. Elle-même reprend cette histoire dans ses mémoires, mais l’histoire est un peu trop édifiante pour ses biographes, qui ont tendance à soupçonner un coup de son éditeur sur ce coup.
– M’étonne pas vraiment.
– Soit dit en passant, tu veux un autre exemple de rumeur improbable sur l’hystérie ?
– Écoute, puisque tu es lancé.
– Tu vois l’histoire des médecins de l’époque victorienne qui soignaient l’hystérie par « massage pelvien » jusqu’au « paroxysme », autrement dit l’orgasme ? Ce qui aurait conduit à l’invention du vibromasseur dans une première version très steampunk ?
– Non, je ne m’intéresse pas du tout à ce genre de sujets.
– Menteur.
– OUI BON D’ACCORD. Il y a même eu un film avec Maggie Gyllenhaal, béni soit son nom et son talent.
Et dire qu'on critique NOS titres.
– Il y a surtout eu un bouquin signé de Rachel Maines en 1999, The Technology of Orgasm. Une très belle histoire, très vendeuse, mais qui a pris un coup dans l’aile en 2018, quand deux spécialistes, Hallie Lieberman et Eric Schatzberg, sont allés vérifier les sources de Maines. Et… Ben désolé, mais les sources ne disent pas du tout ce que Maines leur fait dire. Le coup des médecins qui masturbent leurs patientes dans leur cabinet pour les guérir de leurs crises d’hystérie, c’est pas confirmé du tout, mais ça bien vingt ans que l’idée s’est installée.
– Eh ben.
– Et attends, j’ai pas fini de creuser. Tu te souviens que je t’ai dit que la Salpêtrière, c’était loin d’être ce qui se faisait de pire, dans le registre du voyeurisme ?
– Oui.
– Un siècle avant Charcot, le Bethlem Royal Hospital de Londres — le fameux Bedlam qu’on retrouve un peu dans toute la pop culture et qui a inspiré le Arkham de Batman — a fait péter tous les compteurs. Jusque vers 1770, tu pouvais aller te rincer l’œil en observant les « aliénés ». L’hôpital était ouvert aux visiteurs…
– Classe.
– … payants.
– Non, mais sérieusement ?
– Très sérieusement. Tu raques ? Non seulement tu peux te balader au milieu des internés, mais tub peux les titiller pour voir ce que ça donne.
– Je… Là, je…
– La meilleure attraction touristique de Londres, qu’on disait dans la presse. Une partie des internés en jouaient. « Faire le fou » pouvait te rapporter de quoi améliorer ton sort à la marge : des gourmandises, des pièces de monnaie…
– Et donc on fabrique à nouveau de la folie qui n’existe pas. Tout ça au nom de la charité chrétienne.
– Ben tiens, ça manquait d’une couche de tartufferie.
– Tu veux la vraie touche finale bien dégueulasse ?
– Oh ben au point où j’en suis.
– Diction 1973 et les États-Unis. Cette année-là, le psychologue de Stanford David Rosenhan s’est fendu d’une étude publiée dans Science : « On Being Sane in Insane Places ». L’étude suit huit personnes épargnées par les troubles mentaux, des personnes qui se présentent dans des hôpitaux psychiatriques en prétendant entendre des voix qui leur murmurent quelques mots un peu au pif, volontairement très vagues.
– Oh non ne me dis pas…
– Qu’ils ont tous été admis ? Si. Et tous ou presque diagnostiqués schizophrènes. Mais attends, l’étude ne s’arrête pas là.
– Non ?
– Une fois internés, les patients se remettent à se comporter tout à fait normalement. Plus de voix, plus rien. Et tout le monde s’en fout.
– MAIS LE CAUCHEMAR.
– Personne dans le personnel ne s’en aperçoit, d’après l’étude. Enfin dans le meilleur des cas. Dans le pire, des comportements ordinaires — comme prendre des notes — sont consignés comme des symptômes par les soignants.
– Une fois que quelqu’un a décidé que tu étais fou, tout ce que tu fais devient de la folie.
– Voilà. L’étude a fait l’effet d’une bonne petite bombe. Elle a nourri une énorme vague antipsychiatrique et elle est encore citée un peu partout. Sauf que…
– AH NON.
– Oh si. L’étude qui prouve qu’on ne peut pas se fier aux diagnostics n’est pas franchement fiable.
– C’est à devenir din… Oh et puis merde.
– En 2019, la journaliste Susannah Cahalan a passé des années à enquêter sur Rosenhan pour son livre, The Great Pretender. Les huit patients sont en partie introuvables, et le dossier médical de Rosenhan lui-même montre qu’il a bien, mais alors bien arrangé le récit de sa propre admission. Cerise sur le gâteau, Rosenhan a écarté le cas d’un patient qui n’allait pas dans le sens de sa thèse. Verdict : au minimum un l’embellissement, au pire un bidonnage.
– Mais c’est quoi la morale, dans ton histoire ? Qu’on ne peut se fier à rien ?
– Dans le cas du Bal des folles, il n’est évidemment pas question de reprocher à une fiction de modifier à la marge une réalité que personne ne conteste — c’est plutôt le personnage de Charcot qui est un poil noirci, même s’il y a bien des choses à dire sur le bonhomme. Ce qui reste parfaitement exact, c’est que l’idée qu’on peut faire de la souffrance un spectacle sans que ça gêne grand monde. Parfois même avec les meilleures intentions du monde.
– L’enfer, le pavement, tout ça.
...
