- Alors que la compétition bat son plein, nous retrouvons tout de suite nos deux envoyés spéciaux en tribune !
- …
- Quoi ?! Tu ne vas pas me reprocher de vouloir faire monter un peu l’ambiance. Avoue que toi aussi tu aimerais bien être sur place.
- Bof, y’a pas de matchs au stade d’Honolulu.
- Ooooh, allez…
- En revanche, je pense qu’à ce…stade, on commence à distinguer les individualités, les joueurs qui portent leur équipe, les noms qui sont appelés à rester dans l’histoire du sport et la mémoire des fans.
- Bien sûr.
- Alors c’est l’occasion de revenir sur la plus singulière des légendes du foot.
- Très bien.
- Permets-moi donc de te parler du plus grand joueur de foot brésilien qui n’a jamais joué.
- Euh, tu veux dire qui a jamais joué.
- Ben non.
- Ben si. Pour parler du meilleur joueur, faut dire « le plus grand qui a jamais joué ». « Qui n’a jamais joué » ça signifierait au contraire qu’il n’a jamais joué, ça n’a pas de sens. Je t’avais prévenu que tu finirais par ne plus savoir parler correctement à force d’écouter France Info.
- Tu as raison. Sur ce dernier point, parce que sinon je parle bien du plus grand joueur qui n’a pour ainsi dire jamais tapé dans un ballon.
- Mais…ça ne tient pas debout !
- Tu ne crois pas si bien dire, c’est justement l’idée. Laisse-moi te raconter la carrière absolument unique de Carlos Raposo. Carlos Henrique Raposo, et pour le coup c’est important de tout décliner parce qu’il saura tirer profit de son deuxième prénom. Et aussi le remplacer par un surnom à l’occasion, toujours à son avantage.
- C’est bien intriguant tout ça.
- Ah ca on est parti pour intriguer. Carlos est né le 2 juillet 1963, et il grandit dans une famille pauvre de Rio. A 13 ans, il perd ses parents. Ca ne démarre pas super-bien, je te l’accorde. Evidemment, il passe une bonne partie de son enfance à jouer avec un ballon.
- Après tout c’est la religion officielle du pays.
Ils ont même une statue géante de gardien de but.
- Le gamin veut devenir footballeur. Enfin, il serait sans doute plus juste de dire qu’il veut avoir la vie d’un footballeur. La nuance est importante. Il intègre donc les équipes de jeunes du club de Botafogo, un des grands de Rio. Là, il développe des qualités athlétiques correctes, mais c’est à peu près tout.
- Oui ben c’est déjà bien, hein.
- D’accord, mais il semble que les fées du foot ne se sont pas particulièrement penchées sur son berceau. En revanche, Carlos est manifestement un des gars les plus sympas du monde. Il se fait plein de potes parmi ses coéquipiers, dont certains vont devenir des grands joueurs. Il compte ainsi parmi ses amis Renato Gaucho, Bebeto, Romario, Carlos Alberto Torres, Ricardo Rocha. Et se sont de vrais potes, qui n’hésiteront pas à le mettre en contact ou à le recommander à des clubs. Une caution qui vaudra cher quand leurs carrières les mèneront vers le sommet.
- Le réseau, c’est important.
- Carlos est bien conscient qu’il ne sera pas le prochain Pelé, mais veut quand même faire carrière dans le foot. Alors il va élaborer une remarquable stratégie qui repose sur ses véritables talents, dont il a à revendre : le charisme, le bagout, le baratin, l’esbroufe, la débrouille. C’est avec ça qu’il va mener la carrière de la plus dingue de tous les joueurs professionnels.
- C’est marrant parce que c’est vraiment un nom qui ne me dit rien. En toute logique, s’il avait inscrit des dizaines de buts ou quelque chose comme ça, je l’aurais croisé.
- Ah mais non, tu n’y es pas du tout. Si tu veux de la statistique, je peux te donner le chiffre de 32.
- 32…quoi ? A moins que ce soit des buts en sélection nationale, ça ne me semble pas impressionnant.
- Ca l’est. On parle à propos de lui de 32 matchs joués. C’est…ridicule pour une carrière de 13 saisons, c’est déjà pas loin de l’être pour *une* saison, mais en tout état de cause on ne peut même pas être sûr qu’il en a fait autant, il n’y a pas de preuve.
- Mais c’est une blague !
- Je préfère parler d’arnaque bluffante. Carlos Raposo va démontrer un réel génie pour se constituer une réputation bidon de grand joueur, et enchaîner les clubs sans jamais avoir à faire ses preuves. Tu vois, c’est un roi de l’ambiance, un excellent camarade de vestiaire, un super-pote, un gars qui sait se lier avec tout le monde, qui a toujours de bons plans, qui arrange des coups et ramène des filles. Ce pourquoi on a dit de lui qu’il était le Carioca, l’habitant de Rio, par excellence. Mais franchement sur ce coup je n’en sais rien je ne connais pas Rio plus que ça.
- Fallait sortir d’Ipanema, aussi.
- Mais…pourquoi ?
Si quelqu'un a une bonne raison à proposer…
- Attends, explique-moi *posément* comme ça se passe.
...
