Où l'on se penche sur Mein Kampf après Mein Kampf - et après la mort d'Hitler.
Mein Kampf, poisons lents (3/3) — Mein Kampf après Mein Kampf
— Avant qu’on commence pour de bon, je te propose un test.
— Je ne sais pas s’il existe une autre phrase qui puisse me faire aussi peur.
— On dit ça et on finit par en redemander. En l’occurrence, c’est une simple expérience mentale. Nous sommes en France, en 2026, et là, tu te dis, « tiens, je voudrais bien me procurer Mein Kampf, histoire de voir en vrai à quoi ça ressemble, une source historique de ce genre ». Tu vas où ?
— En taule ?
— Eh non.
— Mais c’est interdit.
— Dans la catégorie légende tenace, celle-ci tient remarquablement bon, mais non. Mein Kampf n’est pas et n’a jamais été interdit en France.
— … Tu te fous de moi.
— Pas du tout, et c’est précisément le sujet de ce dernier volet : Mein Kampf après Mein Kampf, disons après le suicide piteux de son auteur en avril 1945, au fin fond de son bunker humide et malsain.
— Mort d’une intoxication fulgurante au plomb.
— Voilà. Cela dit, le malentendu sur son livre en dit long sur ce que Mein Kampf est devenu après 1945. Dans l’imaginaire collectif, l’essai du Führer est devenu autre chose, un mythe noir, un grimoire presque magique, tout ce qu’on veut — quelque chose de différent en tout cas, au point qu’on en oublierait presque ce que c’était réellement.
— Un gros tas de haine.
— Un gros tas de haine mal écrit, oui. Si on revient sur le passé de ce bouquin, on peut distinguer trois étapes. La première, c’est l’écriture du livre elle-même, quand Hitler vit sa meilleure vie dans sa confortable cellule de Landsberg, en 1924, après le putsch raté de la Brasserie. La deuxième, c’est la trajectoire de Mein Kampf pendant le Troisième Reich : un best-seller très légèrement survendu par le régime, et un Führer qui se fait des burnes en platine au passage. Mais la capitulation de l’Allemagne nazie n’enterre pas le livre sous les décombres de Berlin. Loin de là.
— Enfin ça ne devait pas être le bouquin le plus tendance en 45, quand même.
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