Mein Kampf, l'histoire d'un venin (1/3)

Où l'on se penche sur la véritable histoire d'un des livres les plus tristement célèbres du 20e siècle.

— Je viens de finir le Da Vinci Code, tiens.

— Tu viens de le balancer par la fenêtre, Sam. Je ne sais pas si ça rentre dans la catégorie « finir un livre ».  

— J’ai réussi à aller au bout du chapitre 2, ce coup-ci.

— ... Sans compter que t’aurais pu l’ouvrir avant, la fenêtre. T’es devenu le meilleur ami du vitrier, à force.

Franchement ça devient pénible.

— Écoute il y a des limites à ce que je peux lire. Pire bouquin de tous les temps, et je mourrai sur cette colline.

— Je pense que tu exagères. J’ai même deux ou trois exemples pour le prouver.

— Le Necronomicon ? L’existe pas.  

Mein Kampf.

— ... Oui non mais là tu triches.

— Évidemment, mais n’empêche que j’ai raison.

— Tu peux bien me raconter ce que tu veux, je ne l’ai pas lu et je ne compte pas m’y coller.

— Et tu as bien raison, c’est abominablement nul en plus d’être odieux. Il n’empêche que ce livre a une histoire, qu’il ne sort pas de nulle part et que la question de son influence est un sujet à elle toute seule.

— Moui...

— Réfléchis deux secondes. Tout le monde connait ce bouquin. C’en est au point que ça relève de la magie noire. Dans nos têtes, c’est presque le grimoire du mal. Ce qui est juste un essai pourri d’un putschiste de seconde zone est devenu le symbole du nazisme par excellence.

— Ben c’est à dire qu’un livre de la main d’Hitler...

— Le nazisme ne se résume pas à Hitler. Et pourtant, c’est comme si ce livre le contenait tout entier. Saud que personne ou presque ne sait comment il a été écrit, quelle place il occupait sous le 3e Reich, ni ce qu’il est devenu après le 8 mai 1945.

— Bien sûr que si. Tout le monde sait qu’il est interdit.

— Ah bon ? Elle est bien bonne. Je pense qu’on va reprendre au début. Enfin presque au début, en octobre 1945 et à Munich.

— Pas le moment de ses meilleures ventes,  je dirais.

— Effectivement. En octobre, ça fait six mois qu’Hitler est mort et cinq mois que le Reich est tombé. Les Alliés appliquent un des points des accords de Potsdam, en août 1945 : l’Entnazifizierung, qu’on peut traduire par « dénazification », processus officiellement placé sous l’autorité du Conseil de contrôle interallié. Il s’agit en gros de poursuivre les responsables des crimes nazis, de purger les administrations et d’effacer les symboles du nazisme de l’espace public. Tu te doutes que Mein Kampf est dans le collimateur.

— Oui, je tombe pas du Kleiderschrank*.

— Le livre est... Disons que c’est un équivalent de ce que les Romains qualifiaient de damnatio memoriae, une condamnation à l'oubli. Des dizaines de milliers d'exemplaires du livre rejoignent les Giftkammeren de l'administration — littéralement les « chambres des poisons ». D'autres sont passés au pilon, déchiquetés, jetés à la rivière et j’en passe.

— Ils ne les ont pas cramés ?

— Marrant, hein ? Ils se sont peut-être dit que ça le ferait pas, question symbole, de foutre le feu à des gros tas de bouquins — même celui-ci. Des milliers d'autres exemplaires disparaissent dans les greniers et les remises au fond du jardin, mais les Alliés font ce qu’ils peuvent pour supprimer physiquement ce qu’ils dénichent et... Tu connais le sens du show des Américains ?

— Ils les ont fait exploser ?

...

En Marge, des histoires derrière l'Histoire. N'importe quoi, mais sérieusement.

Par En Marge

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