- Tu fais quoi, Sam ?
- T’occupe.
- Heeeey c’est vachement bien ce que tu dessines mais DIS DONC SAM CE SONT DE FAUX BILLETS.
- NON PAS DU TOUT ET PUIS C’EST POUR UN EUH JEU DE RÔLE ET PUIS T’OCCUPE JE T’EN POSE DES QUESTIONS T'ES DE LA POLICE J’AI RIEN FAIT J’ETAIS AU CINEMA JE CONNAIS MES DROITS VOTRE HONNEUR
- Je note une grande sérénité. Mais tu sais, si tu veux te faire des ronds en exerçant tes indéniables talents de faussai... de dessinateur, il y a moins risqué que la fausse monnaie.
Je vous jure qu’il me fatigue.
- La peinture ?
- Tu peux ramasser pas mal quand même, mais moins, oui. Et sinon, il y a les faux journaux de célébrités.
- Quoi, tu veux dire le journal intime de Vercingétorix ?
- Oh plus proche.
- Je demande que ça, mais accouche.
- Hitler. Ça marche du feu de Dieu.
- Ah mais parce qu’il y en a qui ont essayé ?
- Et ils ont eu des problèmes, mais ils se sont fait des quenouilles en platine avant.
- Mais ça date de quand ?
- Le nazisme ? Les années 30-40. Je te ferai un petit debrief, c’est un épisode pas très connu.
- Le faux, andouille.
- Les années 80, mais ça n’aurait jamais marché sans un épisode qui date du printemps 1945.
- On est plutôt sur la fin, là.
- C’est le moins qu’on puisse dire. Mi-avril, l’Armée rouge a lancé l’offensive contre Berlin et l’issue de la Seconde guerre mondiale ne fait plus de doutes pour personne en dehors de Hitler lui-même. Isolé dans le célèbre bunker souterrain de la chancellerie, malade, Adolf Hitler ne trompe plus grand monde le 19 avril, quand il affirme encore à son entourage que « les Russes vont connaître devant Berlin la plus sanglante défaite de tous les temps ». Le 20 avril, son secrétaire Martin Bormann lance une mission qui fait les choux gras des amateurs de complots depuis : l’Opération Seraglio.
- Jamais entendu parler.
- Parce que tu ne fais pas tes propres recherches – je déconne, l’opération est bien réelle. À l’aube du 20 avril, 80 proches du Führer sont évacués vers plusieurs aérodromes de la capitale. Objectif : Berchtesgaden, dans les Alpes bavaroises. Ils emportent quelques tonnes de documents confidentiels ou personnels, mais aussi des objets précieux et du pognon. Sur les dix avions qui décollent ce jour-là, il y en a un qui n’arrivera jamais en Bavière : touché au-dessus de Dresde, l’appareil s’écrase avec sa cargaison – d’énormes malles de voyage – et ses seize passagers, dont le majordome d’Hitler.
- L’avion il est tout beugné, l’était impeccab’.
- Sehr kaput, oui. Un seul passager survit au crash et à l’incendie qui suit. A Berlin, Hitler prend la nouvelle assez mal, à en croire les mémoires de son pilote personnel Hans Baur. Ceci dit, sa migraine ne dure pas longtemps : le 30 avril, il se tire une balle dans la tête à quelques jours. Historiquement parlant, l’Opération Seraglio n’est guère qu’une virgule dans le récit des derniers jours du Führer.
- Oui mais ça sent quand même bon l’aventure.
...
