- Bon, je ne vais pas t’apprendre que nécessite fait loi.
- Non, j’ai déjà fait du camping.
- Je…d’accord. Pense à ne pas me raconter.
- Certainement.
- Je ne vais donc pas te l’apprendre, mais je dois avouer que je n’aurais pas spontanément imaginé que ce principe s’appliquerait à ce point à un domaine aussi spécifique et particulier que la guerre sous-marine, notamment pendant la Seconde Guerre. On a déjà eu l’occasion de revenir sur les remarquables innovations technologiques et bases secrètes des nageurs d'attaque italiens, sur l'unité spéciale de joueuses chargées de défendre l'Atlantique, ou encore sur la course acharnée à l'innovation et à l'ingénuité qu’a représenté la lutte contre les U-boots.
- Le résultat de la rencontre entre un enjeu de première importance, le besoin d’assurer les routes de ravitaillement maritimes, et une technologie nouvelle à savoir la guerre sous-marine.
- C’est vrai. Il n’empêche que j’ai encore trouvé un autre exemple d’opération montée tant bien que mal avec les moyens du bord, et qui a conduit à confier une action de la plus grande importance à une unité parmi les plus improbables.
- Ha ha. On est de quel côté cette fois ?
- Encore les Alliés. Et toujours la Grande-Bretagne, sans surprise.
- Faut dire que le ravitaillement par la mer était particulièrement crucial pour elle.
- Particulièrement.
- Quelle est donc la nouvelle menace qui rôde sous la surface de l’Atlantique ?
Non. Si ça ne tenait qu’à nous….mais non.
- Oh, la menace n’a rien de nouveau ni original, on parle toujours des sous-marins allemands qui ont la désagréable manie d’envoyer par le fond les cargos qui approvisionnent la Grande-Bretagne. Mais on change de secteur, puisqu’on part pour l’Océan Indien.
- Au moins l’eau est meilleure.
- Pas pour les navires marchands. Le Royaume-Uni pendant la guerre, ce n’est évidemment pas que les iles britanniques. L’empire en constitue une dimension essentielle, y compris pour l’approvisionnement en matières premières comme en produits manufacturés. Le trafic vers et depuis l’Inde est crucial pour soutenir l’effort de guerre. En toute logique, la Kriegsmarine envoie donc des sous-marins pour le perturber autant que possible, c'est-à-dire cartonner un maximum de transports.
- On pouvait s’y attendre en effet.
- Certes, mais la situation finit par devenir critique. Pour te donner une idée, à l’automne 42 ce sont 46 navires marchands allés qui sont attaqués dans l’Océan Indien. A ce rythme, l’Allemagne est sur le point de mettre effectivement en place un blocus maritime de l’Inde, et tu te doutes bien que ce serait une très mauvaise nouvelle pour le Royaume-Uni.
- Je me doute, oui.
- Les services de renseignements sont bien sûr mis sur le coup, et la branche indienne du Special Operation Executive, c'est-à-dire la division des services secrets britanniques chargée de mener des opérations extérieures, parvient à intercepte des messages codés destinés aux sous-marins allemands qui patrouillent dans l’Océan Indien. Messages qui donnent des informations précises et détaillées sur les mouvements de navires alliés qui vont ou viennent de Bombay, qui se situent à environ 500 km plus au nord du lieu d’émission des transmissions.
- Uh, pas bon ça.
- Eh non. Il s’avère que les informations à destination des commandants des sous-marins sont envoyées depuis l’enclave de Goa, qui est une sorte de confetti portugais sur la côte occidentale de l’Inde.
- On pouvait s’attendre à ce que des espions allemands opèrent depuis là-bas.
- En effet. Le SOE identifie ainsi un agent de la Gestapo manifestement responsable de cette opération, à savoir le dénommé Robert Koch, nom de code Trompette.
- Approprié.
« Je persiste à penser que ce serait beaucoup plus simple et pratique avec une radio. »
- Et il apparaît qu’il ne se contente pas d’opérer depuis le territoire portugais. Koch a constitué tout un réseau d’informateurs indiens qui lui remontent des informations détaillées sur les mouvements de la marine marchande, et il les transmet aux sous-marins depuis Goa. Ce qui en passant constitue une violation de la neutralité portugaise. En novembre, Le SOE dépêche donc deux agents à Goa, les colonels Pugh et Stewart. Le 19 décembre, ils…comment dire…proposent à Koch et à son épouse de les emmener en balade dans leur voiture.
- Une opération menée j’imagine avec toute la discrétion et le doigté qui siéent à une action des services secrets.
- Alors non.
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